Le Tournoi : “Les échecs ? Un côté magique à la Harry Potter !”

Rencontre avec Elodie Namer, réalisatrice du long métrage Le Tournoi, étonnante plongée dans le monde des joueurs d’échec.

Avec le long métrage Le Tournoi, en salles ce mercredi, la jeune Elodie Namer évoque pour sa première réalisation un univers très peu abordé par le septième art : celui des échecs. AlloCiné a rencontré la cinéaste pour évoquer son parcours atypique et ce projet pas comme les autres emmené par Lou de Laâge (Respire) et le novice Michelangelo Passaniti.

AlloCiné : Un mot sur votre parcours. Vous n’avez pas du tout le cursus classique pour écrire et réaliser un long métrage, puisque vous venez de la télé-réalité : vous avez participé au lancement de Loft Story ! On imagine que la genèse du film a du être particulière…

Oui, je viens de la télé-réalité. On peut faire ça et finir par avoir l’avance sur recettes, ça existe ! Mais il faut travailler. En fait, pour Le Tournoi, tout s’est passé comme dans un rêve. J’étais en cours d’écriture, j’ai envoyé mon CV et mon projet pour l’aide à l’écriture, et on m’a dit non. J’ai alors développé le scénario sans argent, ce qu’on appelle “on spec”, et trois ans plus tard, on a tout eu. On a été financés en six mois, ça a été très rapide. Je suis une énorme privilégiée, et en plus j’ai fait le film que je voulais faire, les gens m’ont suivi. Après, j’ai pris des risques que tous les scénaristes ne prennent pas non plus. Pendant trois ans, j’ai bossé seule, un film sur les échecs… Je faisais des trucs à TF1 pour gagner ma vie et dès que j’avais le temps, je prenais l’avion pour aller sur les tournois d’échecs. J’étais seule sur mon cheval et j’avais vraiment des chances que ça n’aboutisse jamais… Mais j’y croyais à fond.

AlloCiné : Qu’est-ce qui avous a attiré dans le monde univers des échecs ?

J’ai rencontré des joueurs d’échecs et deux choses m’ont frappé. D’abord, il y a un côté magique à la Harry Potter, cette espèce d’intelligence surhumaine quand tu vois un mec – toutes les scènes du film sont vraies – les yeux bandés affronter deux adversaires à la fois. Un côté magique, car ces combinaisons sont comme des formules magiques : E 4-5, Cavalier C-3, Cavalier 6… Tu comprends rien, tu te demande ce qui se passe et qui sont ces gens, qui sont ces freaks ? Et puis surtout, pour moi, les échecs, c’était des vieux monsieurs qui jouaient dans une bibliothèque avec des cigares, c’était des gens… chiants, quoi ! En fait, j’ai découvert que c’était de gros fêtards, ludopathes, accros aux jeux. Et j’ai plongé dans cet univers ! Maintenant j’ai beaucoup d’amis joueurs d’échecs, qui passent souvent chez moi…

AlloCiné : Vous avez écumé les tournois pour préparer le film ?

Avant d’écrire une ligne du scénario du Tournoi, j’ai fait un an et demi d’enquête. Les expressions, les modes de vie, tout est vrai. Je me suis dit qu’il y avait là un terrain cinématographique complètement inexploré. Ces gens-là existent, la communauté échiquéenne soutient beaucoup le film. C’est comme Harry Potter, comme s’il y avait un monde parallèle dont on ne soupconne pas l’existence, qui existe, qui vit avec ses codes. D’un seul coup, tu te penches sur eux et tu te dis : “Wouah, mais c’est quoi, tout ça ?” J’avais un doute sur la cinématographie des échecs, parce qu’effectivement, à la base, ce sont deux personnes derrière un échiquier qui jouent des coups. Mais pour le premier tournoi auquel j’ai assisté, le championnat de France jeunes, je suis tombé dans une salle ou il y avait 2000 enfants entre 4 et 16 ans. Tu n’avais pas un bruit, ils jouaient aux échecs dans un silence total, tous alignés, et là, tu te dis : “Ok, là, y’a un film !” J’ai alors commencé à me balader dans les tournois et je me suis rendue compte que quand tu te concentre sur les énergies, les regards entre les gens, tu comprends tout, et la dramaturgie existe.

AlloCiné : On sent que vous vous êtes impliquée à fond dans cet univers, qu’il y a eu une immersion totale..

Je pense que c’est aussi mon passé de journaliste télé qui fait que j’ai cette démarche de faire des enquêtes, d’aller chercher des gens. Une démarche que n’ont peut-être pas forcément les scénaristes de formation classique qui se reposent plus sur leur imagination. Je sais enquêter, et pour les films suivants, j’ai envie de faire découvrir aux gens des univers qu’ils ne connaissent pas. Je veux continuer à travailler sur ce principe d’immersion, de recherche, qui demande beaucoup d’énergie mais qui, au final, est super payant. Avec Le Tournoi, je voulais aller jeter un oeil dans un monde qu’on ne connaît pas, faire découvrir quelque chose aux gens, et j’ai envie de continuer à faire ça…

Plongez dans l’univers à part des échecs avec la bande-annonce du “Tournoi” :

Le Tournoi Bande-annonce VF

 

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